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mardi, 24 janvier 2006
Sur le procès du communisme : mais de quoi fait-on le procès ?
Agoravox nous propose aujourd’hui de discuter du projet de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de condamner, d’ici mercredi prochain, « les crimes des régimes communistes totalitaires ».L’auteur place ce débat dans la continuité des « polémiques provoquées (entre autres) en 1997 par la publication du «Livre noir du communisme» » et l’assimilation du communisme et du nazisme.
Deux passages de l’article expriment assez bien l’antagonisme des interprétations :
La thèse :
« Les deux idéologies, d’après l’historien Alain Besançon, se donnent comme objectif de parvenir à une société parfaite en arrachant le principe mauvais qui lui fait obstacle. D’un côté, les "races inférieures", de l’autre les "capitalistes" et assimilés. Pour créer l’homme nouveau, les deux régimes n’hésiteront pas à légitimer le meurtre de masse, à déporter les peuple, à affamer des régions entières. »
Et l’antithèse :
« Les deux totalitarismes ne sont pas semblables par leur nature même et leurs motivation. L’hitlérisme est un «idéal» qui s’est réalisé avant d’être vaincu par les armes (et non par les arguments, comme le souligne justement Pierre LEGENDRE). Le stalinisme est un idéal trahi. »
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Plutôt que de discuter ici de ces interprétations, je préfère prendre du recul sur la façon même dont on construit un tel débat.
Le nazisme est un système politique bien localisé dans l’espace et le temps. Son identification est sans ambiguïté.
Ce qu’on entend par communisme ne l’est pas. Un livre comme « Le siècle des communismes » brosse un tableau de la très grande diversité des luttes et des doctrines qui se sont réclamées du communisme. D’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un mouvement politique à l’autre. D’une époque à l’autre aussi, au XXe siècle, XIXe ou avant, dans les doctrines communistes antérieures à Marx.
En comparant des réalités qui ne sont pas comparables, on construit de toute pièce une identité illusoire et abusive du communisme qui ne nous apprend rien.
Si je devais expliquer un jour à mon fils ce qu’est le communisme, je crois que je lui parlerais d’abord de l’idée du partage. La première pierre. Ensuite seulement je lui parlerais de l’idée de la lutte. Et enfin je lui parlerais du mal.
Avant d’en arriver au mal, je pense que nous aurons déjà beaucoup discuté. Et nous aurons découvert qu’avant d’arriver au mal il y a beaucoup de chemins possibles, et que la plupart n’y conduisent pas.
Il est une façon de réécrire l’histoire, que je conteste dans ce débat trompeur, qui n’a pour effet que de nous interdire des futurs possibles et d’intimer le silence. Car ne nous y trompons pas : rien n’est plus universellement et vigoureusement condamné que le nazisme.
Or en parlant du communisme à mon fils, certes je lui parlerais du mal.
Et rien n'est plus condamnable que le mal.
Mais je n’oublierais pas de lui parler de la lutte.
Et je n’oublierais pas de lui parler du partage.
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De quoi veut-on donc faire le procès quand on prétend le faire du communisme ?
Du mal ?
Des luttes ?
Ou du partage ?
On nous dira qu'on fait le procès du mal. Mais en vérité les tragédies du XXe siècles n'apportèrent que tardivement ces nouveaux arguments.
Historiquement, l'anti-communisme a longtemps été le procès du partage, et le procès des luttes.
Ainsi passe la gloire du monde...
Et cela continue.
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Commentaires
Alors, moi, au mien de fils, je ne lui parlerais ni du mal, ni du partage, ni des luttes. ..
Je lui parlerais, beaucoup plus prosaïquement, d'une doctrine qui prétend transformer la nature humaine, et qui croit pouvoir y parvenir en tuant ceux qui sont réputés les moins aptes au changement, pour impressionner ceux qui sont réputés changer trop lentement.
Ecrit par : Scipion | mardi, 24 janvier 2006
Le nazisme est un système politique bien localisé dans l’espace et le temps. Son identification est sans ambiguïté.
Ce qu’on entend par communisme ne l’est pas.
C'est pour çà que j'essayai ce recul. On construit ici un objet du discours qui de ce fait n'est finalement plus qu'une chimère.
A user de mots vides de sens, et qui ne correspondent à aucune réalité définie, car la réalité était variée, on ferait tout autant les procès du libéralisme (çà a été fait d'ailleurs : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_livre_noir_du_capitalisme) et celui du christianisme.
Car ON PEUT FAIRE le LIVRE NOIR de ces systèmes aussi. Si l'on entend par là la comptabilité des maux que certaines de leurs formes ont engendré.
Mais après ? T'en prendras tu verbalement à tel entrepreneur courageux et pas forcément salaud qui lui aussi est capitaliste au nom des nombreux esclavages que le capitalisme a fait subir, au nom des nombreuses guerres dont il fut le promoteur. T'en prendras tu au bon curée de paroisse qui toute sa vie s'est efforcé d'aider ses paroissiens au nom de tous les hérétiques aveuglément massacrés ?
Attention à ne pas tomber toi-même dans une de ces CATEGORIE que tu prétendras juger d'un jugement sans nuance ni lumière, dans un procès qui, comme tout procès uniquement à charge, n'est qu'une mascarade de procès.
Chimère et mascarade. A qui crois-tu finalement que profite finalement l'amalgame ?
Ecrit par : Sic Transit | mardi, 24 janvier 2006
Je ne suis pas communiste, ni ne me sens l'âme révolutionnaire mais force est de constater que le communisme ne se résume pas à Staline ; c'est une vision réductrice, tant sur le plan historique (le communisme c'est une foultitude de courants et de leaders différents) que philosophique.
Ecrit par : Laurent | samedi, 28 janvier 2006
Moi non plus Laurent :-) mais tu as bien saisi ce que je voulais dire :-)
C'est pourquoi en précisant qu'historiquement, l'anti-communisme a longtemps été le procès du partage, et le procès des luttes, c'est une façon de rappeller la manière même qu'avaient ses ennemis d'autrefois de le comprendre et de l'interpréter EUX-MEMES. C'étaient bien le partage qui horrifiait au début. C'étaient bien les luttes qui horripilait ensuite.
Pouvoir aujourd'hui réécrire l'histoire et se concentrer sur le mal, en décrêtant l'amnèsie du reste, est donc pour ce discours une aubaine.
Mais en creusant les discours et les intentions, on lèverait sans peine ces deux lièvres. Rejet du partage, rejet des luttes, n'est-il pas une marque de fabrique de l'Europe d'aujourd'hui ? Le cachet de cire aussi qu'on avait apposé sur ce fameux projet de constitution européenne, qui faisait du libéralisme une loi sacré, et de la dépossession démocratique une règle institutionnelle. En espérant pouvoir aussi le sceller ensuite de plomb ce texte scélérat.
Les mascarades nombreuses de ceux qui aujourd'hui prétendent juger de l'histoire, en Europe ou en France (cf. le débat sur le rôle positif de la décolonisation) ne sont jamais dénuées d'arrières-pensées. Et l'ignorance et la mauvaise foi ne font jamais de bon consensus.
Ecrit par : Sic Transit | samedi, 28 janvier 2006
Comme le précise la résolution de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe, un assemblée pluraliste et démocratique, "Les crimes ont été justifiés au nom de la théorie de la lutte des classes et du principe de la dictature du prolétariat. L’interprétation de ces deux principes rendait légitime « l’élimination » des catégories de personnes considérées comme nuisibles à la construction d’une société nouvelle et, par conséquent, comme ennemies des régimes communistes totalitaires".
Tout est dit.
Vous avez un système de pensée qui prône la division, l'opposition d'une partie de la population sur une autre, et la dictature de l'une d'entre elles. Penser que cela n'aboutira pas en massacres, c'est se contenter de discussions de salons.
Ecrit par : koz | samedi, 28 janvier 2006
Je ne défendrais pas ici une doctrine de la "dictature du prolétariat" qui ne m'a jamais convenu et toujours paru abérrante.
Mais on ne peut pas dire, comme tu fais que tout est dit.
Outre ce que j'indiquais déjà dans ma note, laisser entendre, comme le veut l'amalgame communisme-nazisme et comme le fait aussi de la citation que tu donnes de par le raccourci qu'elle prend, que les dérives et les crimes des régimes qui se sont réclamés du communisme était déjà entièrement contenus dans la doctrine ou dans le texte de Marx est une absurdité qui nous interdirait tout à fait la moindre compréhension des problèmes qu'on prétend aborder.
Les crimes du nazisme sont inscrits noir sur blanc dans Mein Kampf. L'extermination des juifs, mais aussi, la mise en esclavage des peuples slaves de l'est, y est programmé.
Mais le communisme est initialement un projet et un idéal d'émancipation universel, non d'esclavage ou de massacre ! Comme doctrine, chez Marx, il se définit comme un état de l'économie où chacun reçoit selon ses besoins, où l'exploitation de l'homme par l'homme est abolie, et où l'Etat dépérit. Il se définissait aussi comme international par définition, et prenait comme référence le genre humain en son entier, sans exclusive.
Aussi, pour reprendre l'extrait que je citais déjà dans ma note:
« Les deux totalitarismes ne sont pas semblables par leur nature même et leurs motivation. L’hitlérisme est un «idéal» qui s’est réalisé avant d’être vaincu par les armes (et non par les arguments, comme le souligne justement Pierre LEGENDRE). Le stalinisme est un idéal trahi. »
Comment l'utopie a pu se transformer en certains pays, à certaines époques, en monstruosité, c'est une vraie question. Et c'est bien autre chose que l'absurdité de l'équation communisme = nazisme. Car le nazisme lui ne pose pas question : il a FAIT ce qu'il VOULAIT, il a ACCOMPLI ce qu'il avait PROGRAMME. C'est bien là que le communisme lui, pose cette question : comment en est-il venu à faire l'inverse ? Et çà soulève d'ailleurs plein d'autres questions, comme celles, par exemples, des illusions de nos volontés quand on prétend faire de l'histoire un objet de ces volontés.
Tu te trompes d'ailleurs sur le sens initial du terme de dictature du prolétariat. Le culte du chef par exemple, et de son pouvoir discrétionnaire, est inhérent à la doctrine nazie. Mais l'objectif de la doctrine communiste était le déperissement de l'Etat, conçu comme organe d'exercice du pouvoir et de l'exploitation, et qui devait disparaître avec elle. Non seulement la dictature du prolétariat n'est de ce fait pas une fin chez Marx, mais en outre elle signifiait au contraire, le pouvoir du prolétariat lui-même, comme dictature de la majorité si tu préfères, et explicitement conçu comme exercice effectif du pouvoir par le peuple, autogestion ouvrière assurant eux-mêmes directement l'exercice démocratique du pouvoir dans l'ensemble des sphères de la société. Ce n'était pas la dictature du parti comme çà l'est devenu en fait, même si les vrais que nombreux communistes ont AUSSI défendus ce choix au nom du prolétariat. Il reste qu'au départ, la dictature du prolétariat défini bien un exercice démocratique effectif et immédiat du pouvoir par les prolétaires eux-mêmes, qui se définissait précisément par cette immédiateté et non par la médiation de représentants, quels qu'ils soient.
Pour des explications supplémentaires, et qui discutent aussi de l'inversion de sens qui se produit avec la dictature du parti, tu peux aussi regarder ces liens :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictature_du_prol%C3%A9tariat
http://www.dtext.com/francis-kaplan/kaplan-karl-marx.html
http://www.lescommunistes.net/~achalma/idf.html http://www.ernestmandel.org/fr/ecrits/txt
/democratie_socialiste_et_dictature_proletariat.htm
Je cite pour finir un texte de Marx qui te fera peut-être mieux saisir sa pensée et ô combien elle est étrangère, à ce que dans l'amalgame communisme-nazisme, on prétend faire quasiment un racisme de classe, avec une haine inhérente du bourgeois, ou comme objectif intrinsèque son élimination physique :
“Pour éviter des malentendus possibles, encore un mot. Je n'ai pas peint en rose le capitaliste et le propriétaire foncier. Mais il ne s'agit ici des personnes qu'autant qu'elles sont la personnification de catégories économiques, les supports d'intérêts et de rapports de classes déterminés. Mon point de vue, d'après lequel le développement de la formation économique de la société est assimilable à la marche de la nature et à son histoire, peut moins que tout autre rendre l'individu responsable de rapports dont il reste socialement la créature, quoi qu'il puisse faire pour s'en dégager ”
Marx, Préface de la première édition du Capital, http://www.marxists.org/francais//marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-pref.htm
Si tu veux poursuivre dans la lecture du Capital, n'hésites pas d'ailleurs. Tu peux zaper la préface et attaquer directement là : http://www.marxists.org/francais//marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm
Le livre I du Capital est un texte génial et qui te fera sûrement réviser quelques préjugés et raccourcis calamiteux comme ceux que nous sert aujourd'hui le projet de résolution du Conseil de l'Europe.
Ecrit par : Sic Transit | samedi, 28 janvier 2006
Bonjour,
En cherchant un peu les tenants et aboutissants de ce débat, je suis tombé sur la phrase suivante :
"Si nous nous en abstenions, une nostalgie illusoire risquerait de s’installer dans l’esprit des jeunes générations, qui verraient dans ce régime un substitut éventuel à la démocratie libérale." (Introduction Annexe 1 du Rapport présenté au Conseil de l'Europe).
En fait, j'ai l'impression que certains commencent sérieusement à s'inquiéter : après une période d'euphorie, l'enthousiasme des peuples européens pour le capitalisme débridé commence sérieusement à se refroidir. C'est sans doute le fond de l'affaire.
Ecrit par : Jean Ploi | dimanche, 29 janvier 2006
Lorsque vous citez : "le stalinisme est un idéal trahi", vous lapsussez ou c'est le fond de la pensée de quelqu'un ?
Ecrit par : koz | dimanche, 29 janvier 2006
Merci pour l'info Jean!
Ecrit par : Sic Transit | mardi, 31 janvier 2006
@ Koz
La formulation est en effet ambigüe : il aurait mieux valu écrire "le stalinisme est la trahison d'un idéal". Je prend bien-sûr ta remarque avec le sourire :-)
Ecrit par : Sic Transit | mardi, 31 janvier 2006
le prbl est que, dans les pays ex-communistes, le capitalisme actuel n'offre pas aux gens le travail et le logement, ni l'école et la santé gratuites, comme avant, c'est le moins qu'on puisse dire, la plupart se retrouvent dans la misère et sans aucun espoir d'un avenir meilleur !!
Ecrit par : transistor | jeudi, 09 février 2006
Je crois qu'il y aurait un peu de décence à faire certes le proces du communisme (ça viendra), mais aussi à rendre
leur dignité à toutes les victimes (150.000.000 de morts) directes de ce système, ou indirectes (pol-pot [disciple de Robespierre] et autres génocidaires).
Un "Nuremberg du communisme" serait faire mémoire de
ces victimes innocentes, car soyons lucides, la mémoire se manipule trop bien, et bientot, tout serait oublié concernant
les communistes. Et à quoi ressemble la mémoire lorsque elle est incomplète, manipulée ?
A une poubelle dont la putréfaction saurait bien faire naitre de nouveaux génocideurs, quels qu'ils soient.
Le peuple Russe devrait faire "repentance Nationale" et dresser un site à la mémoire des victimes et des familles,
comme ont su le faire les allemands que l'on ne peut applaudir qu'à 2 mains.
La Chine est un autre exemple. Mais plus compliqué car que fait-on entre deux pays qui ont les pieds dans le sang ? Mais quel est donc l'autre Pays ? La France !
La France (il n'est pas question ici de politique, d'être royaliste ou pas, le sujet est trop grave), dont la révolution française à mis à la tête de notre pays les voyous de la pire espèce qui ont pratiqué un égorgement du pays sur lequel tout le monde ferme (veux fermer) les yeux. Ce n'est
surement pas pour rien que les organismes de Protection de la nature et autres animaux en voie de disparition (dont les actions sont au demeurant fort louables) fleurissent de tous les cotés. N'y a-t-il pas dans notre inconscient collectif une culpabilité motrice pour les actions de ce type.
Nous devons résoudre cette culpabilité au pris d'une repentance à venir vieille de 250 ans. Point de sert de se repentir pour nos actions en Afrique, si nous ne savons pas demander pardon à titre posthume à ces Français qui furent nos aïeux et martyrs. Avaient-ils le sang si impur que cela ?
Tiens cela me rappelle les idées d'un certain moustachu.
La gauche française se réclame de la révolution et du communisme. N'oublions pas que le nazisme est la contraction
de National-SOCIALISME.
National-SOCIALISME, Communisme, Révolution, ce monstre à 3 têtes mais 1 seul corps, met au monde les génocidaires et enterre ses victime comme on cache un larcin.
Peu importe les mécaniques et les soit disantes légitimités
(voir plus haut les autres intervenants) qui nous ont ammené à de tels désatres. Les idées ne sont rien face à une vie humaine.
Alors si on additionne tous les génocides sur les 2 derniers
siècles, on obtient 200.000.000, 250.000.000 ou 300.000.000
de morts sinon plus. Cela fait peut-être 1 milliard de coeurs brisés de pères, de mères, de fiancés, d'enfants, etc, ....
C'est à eux que mon coeur va en PREMIER !
Le reste .....
Pardonnez l'incomplétude de mon propos et son manque
d'assise politique.
Et merci d'avoir pris le temps de me lire :-)
Ecrit par : vitus | jeudi, 05 avril 2007


