« 2006-01 | Page d'accueil | 2006-03 »
mardi, 07 février 2006
Sauvons les artistes...
"L'homme devrait songer aux conséquences horribles que peuvent produire ces actes égoïstes, ou bien, j'en ai peur, tous ces grands artistes seront condamnés pour toujours à vivre une vie à demi luxueuse."
Vous ne voudriez quand même pas plonger Britney Spear dans la misère ?
Un reportage en image sur ce drame culturel.
via LMI Blog
20:28 Publié dans DADVSI | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 01 février 2006
Sur le procès du communisme II : juger l'histoire ?
De nombreux articles, notes et commentaires sont écrits actuellement sur la procédure de condamnation des crimes du communisme par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe ou, en France, sur l'article de loi affirmant le rôle positif de la colonisation.
Mais aucun de ces articles, à ma connaissance, n'a encore essayé de traiter ensemble ces deux problèmes et de s'interroger sur le sens général de ces jugements officiels, où l'on donne aux législateurs et à des assemblées la responsabilité de juger de l'histoire.
Prenons ces deux exemples ensemble et essayons de voir ce que peut nous apprendre leur démarche commune.
_____________________________________________________________________________________________
Si l’on devait simplement croire sans réfléchir ce que prétendent nous faire reconnaître ces procédures officielles, alors je croirais de par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe que le communisme, c’était le mal, et une longue série de crimes son unique vérité, et je devrais croire selon le parlement français que la colonisation c’était le bien, et combien son rôle fut positif et civilisateur.
Car ce type de jugements officiels a pour effet de poser comme essentiel et premier dans la considération d'une réalité historique donnée la seule part de réalité qu'ils officialisent.
Ainsi des crimes dans l'histoire des régimes communistes.
Ainsi le rôle positif de la colonisation sur les colonisés dans l'histoire de la colonisation.
L’historienne Mary Lewis, récemment interviewée par Le Monde sur cette résolution de nos parlementaires férus d’histoire résume bien le problème :
“En tant qu’historienne, je préfère que l’on affronte la complexité. Je ne vois pas l’intérêt de mettre en concurrence les divers points de vue ; l’histoire ne s’écrit pas comme on compose une majorité parlementaire. Prononcer un jugement de valeur sur une série d’événements historiques peut s’avérer assez dangereux. J’aime mieux la formule de l’historien Marc Bloch, qui définit le métier de l’historien non par le jugement mais par la compréhension, compréhension de tous les côtés et de toutes les contradictions. De ce point de vue, je partage l’opinion de Jacques Chirac quand il dit que ce n’est pas à la loi de faire l’histoire.”
Officialiser un certain discours sur une réalité historique par une loi, une déclaration ou une charte, est un enjeu politique analogue à l'acte de reconnaître un Etat comme Etat. C'est un enjeu de reconnaissance qui précisément énonce dans son acte même ce qu'il faut ou non reconnaître, ce qui mérite ou non de l'être.
En jugeant d'une réalité historique, cette reconnaissance établie directement ce qui est reconnu comme l'essentiel. Ce qu'ensuite tout un chacun peut - et même devrait - admettre et revendiquer comme essentiel.
Au mépris de tout le reste.
_____________________________________________________________________________________________
Qu’il y ait eu, historiquement, un discrédit, sur le communisme tel qu’il s’est réalisé à travers les régimes qui se sont réclamés de lui, c’est inconstestable. Et justifiée est la condamnation morale des crimes commis en son nom.
Faut-il ajouter à la condamnation morale une condamnation politique ?
En se contentant de l'évidence du caractère condamnable des crimes, on perd de vue le problème que peut présenter ce passage de la sphère morale à la sphère politique.
D'un point de vue moral, il faut condamner les crimes. Tous et toujours devraient l’être.
Mais d'un point de vue politique, ceux que l’on condamne dépendent de ceux qui les condamne. Alors commence la valse des mensonges par omission et des faux-semblants quand chacun distribue à sa guise les blâmes et les bons points, choisissant les crimes dont il fera le procès et fermant complaisament les yeux sur d’autres, dénonçant certaines dictactures, et fermant les yeux sur d’autres, parfois même les aidant à prendre le pouvoir.
Quelques exemples :
Combien de dictature les Etats-Unis ont établis en Amérique latine ? Dictature de droite bien-sûr, puisqu’elles servaient à contrer les mouvements sociaux dans ces pays.
Combien la France en a aidé en Afrique ?
Comment les Etats-Unis ont soutenu à l'époque l'Irak et son dictateur, sans ignorer les crimes du régime, et comment aujourd'hui après avoir renversé ce régime, ils condamnent le même dictateur et les mêmes crimes.
Comment récemment les Etats-Unis ont établi un archipel de prison secrète où l’on torture ?
Comment les Etats européens ont fermés les yeux sur les dizaine d’avion qui transitaient par leur territoire pour établir le transfert des détenus ?
Pour ne prendre qu'un tout petit échantillon parmi une multitude exemples.
_________________________________
Concernant le texte du conseil de l’europe, on peut dès lors légitimement se demander de quel droit, de quel point de vue et à quelle fin on prétend juger l’histoire. Dès lors qu’on admet en effet que des “régimes immaculés”, il y en a peu, les choix qui sont fait à une époque et dans un pays ou un ensemble de pays donné, ne sauraient être innocents. Et la logique du “2 poids 2 mesures” révèle très vite que l’on ne condamne pas les crimes en eux-mêmes, puisqu'on en disculpe tant, mais seulement ceux dont l’idéologie nous gêne par ailleurs.
On arrive ainsi à ce paradoxe qu’en vérité c’est bien plutôt cette idéologie que l’on attaque, puisqu’on passe bien volontier sous silence les crimes dont les régimes ou les idéologies sont “amis”. Au final, on condamne donc précisément ce qui ne devrait pas l’être ou ce qui peut mériter, dans un système idéologique, d’être défendue, comme la valeur du partage et des luttes pour le communisme.
Politiquement, l'idéologie gêne plus que les crimes.
Cela, cependant, ne se comprend nullement des discours eux-mêmes, dont les crimes semblent au contraire être l'objet et la morale le prétexte. Mais cela se déduit de la manière de choisir et de sélectionner les crimes sur lesquels on décide de parler et de juger.
L'histoire est écrite par les vainqueurs dit l'adage. L'histoire est écrite par l'idéologie et les pouvoirs dominants.
Moralement, il faudrait condamner tous les crimes, mais pour cela il faudrait condamner équitablement. Et c'est sans doute trop attendre des condamnations officielles, qui sont avant tout (ou trop souvent pour que ce soit un hasard), affaire de pouvoir et d'idéologie.
L'application de 2 poids 2 mesures dans la condamnation des crimes révèlent précisément que ce n’est jamais les crimes seuls qui mènent à la condamnation. Les crimes seuls ne suffisent pas, les quelques exemples cités précédemment l'illustrent bien.
On ferme les yeux sur les crimes dont on ne condamne pas l’idéologie, tout comme on ferme les yeux sur les dictatures “amies”. Tout comme on ferme les yeux sur ses propres crimes et oppressions, jusqu'à en travestir parfois la réalité même (cf. la loi sur le rôle positif de la colonisation).
____________________
Ce n’est donc pas tant les crimes en eux-mêmes qu’on condamne, mais l’idéologie associée, précisément dans ce qu’elle a non pas de répulsif, comme les crimes, puisque ce n'est précisément pas eux qui déterminent "in fine" la condamnation, mais dans ce qu’elle peut avoir d’attirant, dans ses valeurs.
Jean notait en commentaire à mon précédent article sur ce sujet que l'annexe 1 du Rapport présenté au Conseil de l'Europe nous en apprend peut-être un peu plus sur certaines des intentions qui peuvent motiver la condamnation visée par le rapport :
"Si nous nous en abstenions, une nostalgie illusoire risquerait de s’installer dans l’esprit des jeunes générations, qui verraient dans ce régime un substitut éventuel à la démocratie libérale."
Mais le communisme n'est pas qu'un régime, mais AUSSI un ensemble d'idées critiques fondées sur la vie sociale, l'économie, la politique, et un système de valeurs basées sur le partage, l'émancipation et les luttes. Pas plus que l'histoire du communisme n'est uniquement histoire de crimes. C'est aussi, en continuité des révolutions démocratiques et de l'émancipation politique, l'histoire de la question sociale et de la démocratie sociale. C'est aussi, en creux, l'histoire des oppressions et des exploitations contre lesquelles cette idéologie s'est établie.
_______________________________
Les crimes sont condamnables. Mais que penser de cette hypocrisie dans le choix des sentences ? Car en vérité, dans ce choix des condamnations, l’on met souvent autant de ferveur à révéler certains crimes qu’à en masquer d’autres.
C’est quand même flagrant quand on voit qu’au même moment en France, les législateurs prétendent inscrirent au contraire dans la loi le caractère globalement positif de la colonisation. Exit les guerres menées à des gens qui n’avaient rien demandé au colonisateur, exit l’esclavage, exit l’oppression et l’état de non-droit des populations. Ne reste qu’en haut de la reconnaissance officielle qu’un bilan globalement positif.
Le conseil de l’Europe nous ferait admettre de la même façon que du communisme ne doit rester en mémoire que les crimes, seuls dignes de cette reconnaissance officielle, et de notre considération de l’histoire de cette idéologie. Exit les valeurs de partage, exit la valeur des luttes, exit la réalité historique de l’exploitation.
Ce sont deux exemples différents, mais il me semble que la logique et les effets de telles procédures d’officialisation de certaines réalités historiques - au préjudice moral des autres réalités niées ou masquées par ces choix - sont identiques.
Ainsi passe la gloire du monde...
22:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


