vendredi, 13 janvier 2006

Le procès Puteaux contre Puteaux

Il faut l'avoir vécu soi-même ou avoir discuté avec des gens qui s'y sont frottés pour se rendre compte à quel point certaines municipalités semblent s'autoriser une emprise véritablement féodale sur leurs administrés : police municipale qui ressemble parfois à une milice privée au service du maire, censure, empêchement des élus de l'opposition de participer aux conseils municipaux, dynasties et fiefs politiques au sens propre, contrôles et influences puissantes sur le tissus économiques, pressions et intimidations diverses et variées.

Les enjeux des municipalités étant généralement, et par définition, locaux, il fut longtemps difficile d'espérer la moindre médiatisation de ce fonctionnement délétère. Difficile dès lors de contourner le "baron" local dont l'emprise sur une ville peut être considérable.

Il semble qu'Internet change la donne en ce domaine. Et qu'il est des systèmes qui ne tolèrent pas que l'on fasse sur leurs activités de trop vives lumières...

Le procès en cours entre le site monputeaux.com et la mairie de la ville est un cas d'école. A ma connaissance, l'affaire constitue un précédent méritant qu'on s'y attarde quelque peu.

Au départ, Christophe Grebert, un putéolien qui "a décidé de l'ouvrir" et qui créé un site d'information sur sa ville et rapidement se fait connaître. Au menu, des articles sur la ville et des prises de positions politiques pas toujours dans la ligne.

Par exemple un sondage :
"Les Putéoliens n'ont pas été consultés sur le projet de vidéosurveillance :
- vous ne trouvez pas cela normal ?
- vous trouvez cela normal ?"

On peut partager ou non les idées de Christophe Grebert. On peut avoir, par exemple, l'avis que l'on voudra sur le sondage indiqué. Mais la question posée ici est plutôt celle de la place de la participation citoyenne dans la politique. Car si l'on admet le principe de la participation, il est évident que certaines voix divergeront de la ligne des représentants officiels et des élus. Au niveau national, le principe de débats publics permanents est acquis de longue date, et les opposants disposent généralement dans les médias et certaines institutions de canaux reconnus et bien établis par lesquels ils peuvent exprimer leur avis. Au niveau local aussi, mais c'est moins évident et surtout, cela semble souvent plus fragile.

Il semble pour le moins que cela dérange. Très rapidement se manifeste l'hostilité de la mairie face à cet "incontrôlable" qui créé comme une faille dans le système. A l'arrivée un procès qui ne semble avoir d'autre objectif que de faire fermer le site et faire taire le perturbateur.

Ainsi passe la gloire du monde...

La prochaine séance du procès "mairie de puteaux" contre "monputeaux.com" devrait avoir lieu le 03 février 2006.

Edit: une présentation détaillée de monputeaux.com par Moris Dia est également disponible sur son blog Baiona.

Séductions politiques

Laurent Gloagen relate sur son site l'invitation faite par Sarkozy à un certain nombre de bloggeurs pour ses voeux à la presse hier. Il reconnaît l'habilité incontestable d'un homme, dont il se sent par ailleurs politiquement très éloigné, "ce qui le rend d’autant plus redoutable" :

"Nicolas Sarkozy", dit-il, "est un homme politique moderne, différent. J’ai le sentiment qu’il dépasse pas mal de clivages anciens, ce qui rend l’analyse si difficile avec des grilles du passé, pourtant si confortables intellectuellement parlant."

A l'heure où ce redoutable politique semble séduire pas mal de blogueurs en initiant avec eux des débuts de relation, et où une blogosphère en mal de reconnaissance auprès de médias, voit comme une aubaine ces nouvelles relations avec les politiques, peut-être faut-il néanmoins raison garder et ne pas laisser l'enthousiasme nuire à notre jugement.

L'habilité d'un homme désigne sa capacité à poursuivre efficacement ses fins. Et rien de plus. L'habilité ne nous dit rien sur la nature de ces fins.

Pour prendre une analogie, l'état-major allemand avait conçu en 1939 une stratégie militaire tout à fait nouvelle : la "guerre éclair", basée sur l'aviation et le char. Stratégie qui allait se révéler d'une efficacité redoutable. L'état-major français se pensait de son côté protégé des allemands derrière la rassurante mais illusoire et naïve sécurité de la ligne Maginot. En vérité, la France avait une guerre de retard. La ligne Maginot fut contournée et la France, écrasée en quelques semaines.

En paraphrasant ce que Laurent Gloagen disait plus haut, l'état major allemand était "moderne, différent". "Il dépassait pas mal de clivages anciens, ce qui rendait l’analyse si difficile avec des grilles du passé, pourtant si confortables intellectuellement parlant." Ce qui lui apporta de rapides et écrasantes victoires sur une bonne moitié de l'Europe.

Mais la pure habilité ne dit rien des fins.

Sarkozy est à la fois assez déterminé et "éveillé" pour se donner tous les moyens que la société actuelle peut permettre à ses ambitions, y compris réformer le régime présidentiel pour concentrer en ses mains plus de pouvoir. Incontestablement il semble avoir saisi l'importance grandissante d'Internet comme vecteur de communication dans la société contemporaine, et semble décidé à s'en servir. Le site internet et la communication numérique de l'UMP ont d'ailleurs été réorganisés en conséquence.

On pourrait se laisser séduire. Mais il ne faut cependant pas s'y tromper.

D'abord les blogueurs pourront rapidement établir d'autres relations avec des hommes politiques de tout bord. Le ministre de la culture n'a pas tardé à suivre l'exemple de Sarkozy en organisant un petit déjeuner avec quelques uns d'entre eux. Loïc le Meur organise à présent des podcasts avec d'autres hommes politiques que Sarkozy, comme par exemple le député socialiste communiste Frederic Dutoit (podcast 156), très remarqué lors des débats de décembre à l'Assemblée concernant la loi DADVSI.

Sarkozy ne conservera donc pas longtemps son avantage, en espérant toutefois que les autres partis politiques mettent également rapidement en oeuvre une politique de communication internet plus efficace, notamment avec des sites et des espaces de débats dignes de ce nom.

C'est sur le fond ensuite qu'il faut juger. Concernant Sarkozy, il y aurait évidemment beaucoup à dire. Mais pour ne prendre qu'un exemple, concernant la loi DADVSI, Sarkozy soutient le ministre de la culture dans sa loi liberticide. Et c'est cela qui compte, et non sa "com" avec quelques blogueurs, aussi flatteuse pour eux et séduisante pour les internautes qu'elle puisse être.

Il y a bien plus intéressant et constructif pour comprendre l'impact politique d'internet aujourd'hui que les petits déjeuners au ministère de la culture.

Qu'on en juge par exemple par ces manifestations d'intelligence collective constatées à l'occasion du referendum sur la constitution européenne ou, plus récémment, lors des débats sur la loi DADVSI à l'Assemblée :

- Pour le referendum, voir l'étude du groupe de recherche Réseaux, territoires & géographie de l'information sur Le web et le débat sur la constitution européenne en France.

- Pour les débats sur la loi DADVSI à l'Assemblée, voir l'excellent article de Piotrr sur BLOGO NUMERICUS : Le jour où les machines sont entrées à l'Assemblée.

Ainsi passe la gloire du monde...

jeudi, 12 janvier 2006

DADVSI: les pressions de la commission

Etonnante nouvelle où l'on apprend que la commission européenne menace la France de sanction pour accélérer l'adoption de la loi DADVSI, alors que que le débat à l'Assemblée - et en France - est en cours !!

Difficile, dans ce contexte qui ne justifiait pas l'intervention, de ne pas y voir une manoeuvre probable pour venir au secours d'un ministre mis en difficulté et prendre parti dans le débat. Lequel ministre avait déjà prétendu faire passer en urgence le vote de cette loi au motif des délais imposés pour la transposition de la directive eucd en France.

A croire que pour Bruxelles tout autant que pour le ministre de la culture, le parlement devrait bel et bien se réduire à une chambre d'enregistrement.

Les réactions toutefois ne se sont pas fait attendre comme le montre cette Lettre d'un citoyen européen au responsable de la direction marché intérieur afin de faire "cesser toute pression pour laisser au parlement français la possibilité de jouer son rôle démocratique en poursuivant le débat jusqu'à ce qu'une loi équilbrée soit votée" (via eucd.info qui dénonce également ces menaces de la commission européenne).

Ainsi passe la gloire du monde...

dimanche, 08 janvier 2006

Test

Ceci est un test.

Le blog est vieux

Glorieux de son succès massif, bardé d'un arsenal de technos web 2.0 (rétroliens, flux RSS etc.), le web-log, ou journal web, n'est pas tout à fait une nouveauté.

Des pionniers étaient déjà là en 96, à l'époque du web statique et des bidouilles pour monter son propre serveur. Un nom m'est resté de cette époque, celui de Guillermito et de sa Guillermito Zone, un gars qu'habitait l'éthique du hacker et qui, malgré le procès du big business, poursuit et tient. La classe Guillermito. Tiens bon !!

Il y en a d'autres. Peut-être aussi Grosse Fatigue et d'autres dont je me souviendrais sûrement du nom si je me replongeai un peu dans l'archéo-webologie, d'autres qui n'ont pas fini de s'épuiser et de nous accompagner. Là je suis moins sûr de la datation mais Grosse Fatigue a incontestablement aussi une bonne dose de carbone 14.

Vint ensuite, dans mon souvenir, le temps d'Uzine et de ses acteurs. Des acteurs de la vague précédente, qui s'étaient regroupés en collectif. A l'époque où l'on passait du web statique au web dynamique et à ses nouveaux outils. Aujourd'hui l'uzine semble avoir fermé. Mais n'est pas devenue un musée. C'est qu'ils ont assuré les gars de l'équipe d'uzine. Ils ont créé SPIP, le CMS, ils ont essaimé.

Ils ont aussi créé un esprit, et placé sous la bannière glorieuse du web indépendant, la conscience de soi qu'ils avaient de leur activité d'autopublication d'alors. Le web indépendant c'est le web qui n'est ni institutionnel, ni commercial. Le web nouveau, le vrai, qui ne fait pas que reproduire les autorités existantes, mais en créé d'autres, pour irriguer de la société de nouvelles influences. Une "élite" de gars au fait de la techno, plutôt hackers sur les bords, et qui militaient pour cette forme là de l'éthique du hacker: donner à tous les moyens de la publication.

Et puis il y a eu la bulle 1.0, l'offensive ratée du web commercial. Une époque s'est finie. Alors seulement vint le blog et l'industrie de masse de l'autopublication.

Quid de ses outils : rétroliens, RSS, podcast et videocast ?

Quid de son "esprit" ? Celui de chacun, et donc d'aucun ? De tous et donc de personne ?

Quid aussi de la prochaine bulle 2.0 ? La bulle des utilisateurs et du web 2.0 ?

Quid alors de la prochaine vague ? Où sont les pionniers qui probablement déjà émergent, quels sont leurs outils, leurs idées ?

Ainsi passe la gloire du monde...

Keep the faith

Pour faire suite à ma note précédente et à mon commentaire sur la deuxième partie du bilan de Laurent Javault sur les blogs, je répond en commentaire sur son site que c'est un beau bilan qu'il a fait, dans lequel le modeste bloggeur débutant que je suis trouve une grande aide.

"Arnaque à la démocratie", "superficialité", "stade primitif du citoyen electronique", il montre bien les limites de l'exercice du blogging, et l'illusion qui menace le bloggeur trop naïf. Le blog est faible.

Et déjà il identifie des dérives, la recherche de "territoire", le comportement "courtisan", et une aliénation qui pointe avec la "course à l'audience". Le blog est aliénant.

On pourrait en être déçu, ou trouver là matière à mépriser le phénomène. Mais celui qui jugerait ainsi me semblerait aussi superficiel que ce qu'il critique, et peut-être motivé aussi, dans sa critique même, par la défense d'un territoire (par exemple la presse comme noblesse face à la vile populace du blogging).

Là où le billet de Laurent ne tombe pas lui-même dans cette superficialité c'est qu'il cherche plus loin les raisons de ces faiblesses. La métaphore de la "bouteille à la mer" en est belle illustration des errances et déceptions qui attendent le bloggeur qui se lance. Il lui sera facile de se perdre dans cet océan. Mais la jeunesse du phénomène explique en partie cela. Le blog est une nouvelle vague de l'autopublication, stabilisée en une forme et une technologie particulière. Une nouvelle vague, elle-même mouvante, en quoi l'errance du bloggeur est aussi la recherche de formes plus élaborées, moins primitives, d'expression. Laurent ne manque pas de signaler aussi cette errance et cette recherche là.

Et alors l'optimisme revient dans son discours avec l'indication d'un horizon qui enfin puisse nous sortir de l'errance : atteindre l'autre rive. Quelle est cette autre rive. Est-ce la recherche de son identité ? Laurent en parle et çà l'est sûrement aussi. Mais c'est une affaire personnelle, même si c'est celle de chacun. C'est une affaire collective en revanche de vouloir toucher le monde, faire que la blogosphère ne tourne pas en rond. Là se trouve un rivage commun vers lequel les individualités cette fois converge. Ce pourquoi il leur est possible de s'organiser et de sortir du simple quant-à-soi. Il donne la clé de cette traversée de l'océan: "l’EMBOITEMENT de (des?) blogosphère(s) avec le monde concret".

Voilà un but et un espoir. Voilà aussi un principe, le réel, qui nous pousse et nous contraint à nous organiser. L'espoir pour les petites bouteilles perdues dans l'océan de converger dans un même flot, à la recherche de ces beaux rivages, promesses des récompenses de nos efforts.

Ainsi passe la gloire du monde...

Ne pas se faire d'illusion

Il m'a fallut du temps à me décider. Même s'il est facile de créer un blog, en faire quelque chose de valable, de durable, ne l'est sûrement pas.

Laurent Javault publie sur son blog Faim d'un monde un premier bilan très lucide sur les limites et les effets de l'exercice du blogging.

Une lecture hautement recommandée pour réfléchir sur cette pratique, et, tout en en reconnaissant la valeur, préciser ses objectifs et ne pas se faire d'illusion.

Ainsi passe la gloire du monde...

samedi, 07 janvier 2006

Mon blog... Enfin !!

Mon blog... Enfin !!

1996-2006.

10 ans de découverte du web. Ca se fête ! Les listes de discussions, puis les forums. Participer, se passionner. A côté de çà, surfer, à la recherche des curiosités, et il y en a. S'informer aussi. Se former. Apprendre.

Et tout d'un coup les blogs. Des blogs partout, à foison. Des gens que l'on ne voyaient pas, que l'on entendait pas. Mais qui désormais apparaissent. Se manifestent et s'expriment. C'est magnifique car, entre nous, entre la pensée unique et le JT de TF1, je commençais à manquer d'air. Alors jettons nous.

Ainsi passe la gloire du monde... Regardons là et parlons en, car le spectacle en vaut la peine.